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La lucarne de l'arche

Rabbi Na'hman de Bratslav, grand maître hassidique de la fin du XVIIIème siècle formule ainsi la vertu auto-révélatrice du dialogue entre compagnons d'étude. " Lorsque je commence à parler à quelqu'un, c'est de lui que je veux entendre le mot suprême… Si quelqu'un parle à son compagnon, il arrive que le compagnon ne reçoive rien de celui qui parle alors que son esprit à lui s'ouvre lorsque, sous l'effet de ses propres mots, sortis de sa propre bouche, la lumière réfléchie revient vers lui ".

Il est dit (Genèse VI 16) : " Tu feras une fenêtre à l'arche ". Tsohar en hébreu signifie fenêtre, lucarne. Le terme usuel pour fenêtre est HALON, qui s'associe à " HILONI ", extérieur, profane.


Selon Rashi, certains disent fenêtre et d'autres disent pierre précieuse.

 

Fenêtre ou pierre précieuse...

La différence entre fenêtre et pierre précieuse (d'après Rashi) c'est que la fenêtre n'a pas de lumière en elle-même, alors qu'à travers elle pénètre la lumière ; mais quand il n'y a pas de lumière, elle n'éclaire pas.
Tandis qu'une pierre précieuse, même s'il n'y a aucune lumière venant du dehors, illumine en elle-même.
Ainsi continue Rabbi Na'hman, " il existe des hommes dont la parole est fenêtre sans posséder le pouvoir de les éclairer en eux-mêmes. Il en est qui parlent, et leur parole est faite fenêtre. Et il en est d'autres dont la parole est faite pierre précieuse et illuminatrice. Sache que tout se fait selon l'ordre de grandeur de la vérité, car le principe de la lumière est le Saint, béni soit-Il, or c'est lui qui est l'essence de la vérité. "
" En ta lumière, nous voyons la lumière " Ps 36 v10, encore faut-il la désirer, la chercher en soi-même, en recevoir l'influx à l'intérieur de soi.
Ce qui compte, c'est le rayonnement doux et caché de la " petite veilleuse " allumée au fond de notre être personnel. Son éclat propre y change tout, et fait de nous, au sens profond du terme, des enfants du seigneur YHWH. Dans cette lumière là sont nos vraies racines, objet de l'enseignement d'Israël à ses fils, comme à ceux des nations qui se mettent à l'écoute avec eux. Le reste n'est que tours et détours sur les chemins embrouillés du temps humain, détours inévitables et signifiants, lourds de notre destin historique.
L'essentiel est de ne pas s'y enliser à jamais, guidés par la lumière demeurée vivante en nous, celle qui vient de l'origine toujours future. La musique de " l'or ganouz " (" lumière totale ") ne cesse, depuis elle, de résonner en nous.

Il arrive que ne sachant pas encore écouter en nous cette " goutte de son ", le son du nom qui nous fonde, nous cherchions à découvrir à quel peuple nous appartenons "… le Tibet, l'Inde, le chamanisme nous attirent…


Comment savoir " à quel peuple nous appartenons ? "

C'est tout simple pourtant : au peuple des hommes habités par la lumière première, et qui, ayant su la reconnaître au tréfonds de leur corps vivant, savent aussi s'en réjouir chaque jour.
Parfois par le silence, parfois dans la parole, le chant, la danse, en mangeant, en dormant…
Toute la vie est complice de cette invincible reconnaissance de la racine éclairante plantée en tout homme qui y consent dans la joie si c'est possible, ou dans la douleur aussi, lorsqu'il le faut.
Imaginons Noé enfermé, sans fenêtre éclairante, dans son Arche hermétiquement close, plongé dans la nuit sans fin du déluge.
Le voilà incarcéré dans sa ménagerie bruyante et puante, avec toute cette zoologie entassée autour de lui-même : un pur cauchemar.
Mais il y avait ménagé, sur l'ordre particulier du Seigneur, cette lucarne faite de pierre précieuse qui s'ouvre sur l'avenir sans fin, au delà des eaux mortelles.


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Rachel Cohen

Pour l’étude de la genèse, les contes de Rabbi Na'hman, grand maître hassidique de la fin du XVIIIème siècle, sont utilisés. Une visite à Vézelay, sanctuaire chrétien, est possible pour aller vers la Torah du cœur .

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